Entretien avec les collègues responsables du projet

, par jsb

Questions posées aux collègues

IMPORTANT : ce qui est retranscrit ci-dessous est une vraie fausse interview !
En effet, il ne s’agit pas d’une transcription mot à mot, mais d’une reconstruction dialoguée de l’entretien qu’a eu l’auteur des lignes ci-dessous avec les enseignants, le principal et le principal-adjoint, au cours d’un « déjeuner de travail » dans l’établissement !

Qui est à l’origine de ce projet ?

Il s’agit au départ d’une demande du journaliste, qui avait rédigé tout un projet, auquel deux enseignantes se sont associées. Pourquoi un journal thématique ?

Nous n’avions pas d’expérience en matière de presse.

C’était donc plus rassurant que de partir dans la réalisation d’un journal « du » collège.

Par ailleurs, cela a permis d’appuyer tout le travail sur le programme de Lettres et de Géographie (le Tiers Monde) et d’Education Civique (la citoyenneté), comme c’est la règle dans le cadre d’un parcours diversifié. Des notions parfois assez abstraites (en éducation civique ou en grammaire) ont ainsi trouvé à s’illustrer de la façon la plus concrète possible ! C’est aussi l’un des gains d’un tel projet ! Quels ont été les contacts entre le journaliste et les enfants ?

Le journaliste était très impressionné. C’était sa première expérience avec une classe.

A l’inverse, les enfants ont accroché tout de suite. Ce sont eux qui ont pensé aux différents sujets. Ils ont réussi tout de suite à relier ces sujets à leur vie quotidienne et personnelle.

Les problèmes sont surtout venus de la difficulté du journaliste à cerner le niveau des enfants au départ. La façon de s’exprimer, les questions posées, les idées présentées... c’était souvent trop ardu pour les enfants.

Par quoi avez-vous commencé ?

Le journaliste a d’abord expliqué la façon dont les journaux étaient fabriqués, en apportant des exemplaires de différents journaux. Les enfants ont ainsi appris ce qu’étaient des rubriques, la Une, les types d’article...

Les enfants se sont ensuite essayés à rédiger. Ils ont réalisé une brève à partir de plusieurs dépêches de l’AFP (mineurs roumains), et un portrait (en binôme, chaque élève trace le portrait de l’autre).

Quels sont les principaux obstacles que avez-vous rencontrés ?

Ils ont été de plusieurs ordres.

D’abord, le temps. L’ensemble de l’opération a été bouclé en quatre mois, ce qui a eu l’avantage de fixer des échéances claires à respecter par tous, et l’inconvénient de stresser tout le monde. Voir l’éditorial : « un journal, quelle galère ! » qui exprime clairement la saturation ressentie au bout d’un moment ! Il a fallu rattraper des cours... Les enfants ont fini par râler !

Ensuite, l’écriture des articles. Il est quasiment impossible de parvenir, en 5ème, à un résultat qui soit à la hauteur de la maquette professionnelle. Il aurait fallu un dispositif spécial pour pouvoir reprendre individuellement le travail de chaque enfant. Cela s’avère impossible dans le cadre des seules heures de français. Donc, après plusieurs moutures, les adultes ont effectué une retouche finale.

Qu’est-ce qui a le plus passionné les enfants ?

Sans risque de se tromper, le contact avec les adultes ! Les sorties (visite de l’imprimerie...) et les rencontres (Dominique Noguères, Yannick Simbron...) ont été les moments forts ! Pour cela, les enfants ont accepté les contraintes : se lever tôt, revenir au collège... Comment se sont déroulées les enquêtes ?

Des groupes ont été créés par sujet.

Les enfants ont d’abord préparé leurs questionnaires : qui vais-je interviewer, pourquoi y a-t-il lieu de poser des questions à cette personne, quelles questions dois-je poser... ?

Pour ces interviews aussi bien que pour les articles de fond, ils ont effectué des recherches au CDI, mais aussi sur Internet. L’aide de la documentaliste a été essentielle...

Dans leur travail certaines équipes ont été confrontées aux dures réalité du journalisme de terrain : portes closes, arrières pensées, censure...

L’article sur le supermarché illustre bien la difficulté d’effectuer un travail de journalisme au niveau local. Pour cette enquête, proposée par l’un des enfants, il a d’abord fallu faire la part de la rumeur (« je l’ai entendu dire » !) en recherchant des sources vérifiables puis en les croisant. Le sujet étant sensible, la Mairie a refusé de répondre ! Il y a même eu intervention auprès du principal ( de quoi se mêlent les enfants ?) !

De quelle façon ont travaillé les équipes ?

Nous regrettons que, finalement, elles aient travaillé séparément. Au départ, nous avions cherché à recréer une vraie rédaction, avec ses services et ses « chefs » de service.

Dans la pratique, nous nous sommes aperçues qu’il était difficile pour les enfants de tenir des rôles de coordination, particulièrement dans la situation d’apprentissage où ils se trouvaient. Il n’y a pas eu suffisamment d’échanges entre les rubriques.

C’est donc surtout à la fin du projet que les enfants ont pu avoir une vraie vision d’ensemble. Chaque enfant disposait tout de même du chemin de fer dans son dossier et pouvait donc suivre l’avancée des travaux.

Nous avons choisi de laisser chaque équipe mener son travail jusqu’au bout. Ainsi, lors de la visite de Yannick Simbron au collège par exemple, nous avons hésité, puis décidé de ne faire participer à cette rencontre que les enfants concernés. Cela permettait de responsabiliser fortement les groupes.

Naturellement, les enfants travaillaient ensemble en classe et ont également participé à quelques événements en commun, à l’occasion d’une exposition par exemple.

Au passage, les interviews et rencontres ont été l’occasion de travaux intéressants en français sur les niveaux de langue (!) et les formes interrogatives...

De quelles plages de temps disposiez-vous pour ce projet ? Essentiellement des heures de français et d’histoire-géographie, en faisant attention à ne pas trop empiéter sur la programmation. Il n’y avait pas d’heure spécifique inscrite à l’emploi du temps.

Pour pouvoir mieux encadrer les enfants, il était intéressant d’être parfois deux adultes, voire trois avec le journaliste. Cela suppose de pouvoir intervenir avec un collègue à des moments où l’on n’a pas cours soi-même.

Que retenez-vous de votre travail avec le journaliste ?

Que ce n’est pas facile. Il est clair que la rencontre de deux mondes professionnels, aux exigences très différentes pose des problèmes. Dans notre cas, notre position pédagogique donne la priorité à l’élève. C’est son travail qui compte d’abord, plus que le résultat.

Pour le journaliste, qui travaille dans un monde d’adultes, c’est le résultat seul qui est important. La rencontre de ces deux logiques a provoqué quelques frictions. Néanmoins, ce rappel à l’exigence fut aussi très utile aux élèves en les obligeant à se dépasser. Et il était bon que cette pression vienne « du monde extérieur ».

Du point de vue du journaliste, il y a eu aussi des moments de découragement. Il attendait visiblement plus que ce que les enfants pouvaient donner. Et il y avait aussi la crainte de déchoir vis à vis de ses pairs si le produit fini n’avait pas été à la hauteur.

Comment s’est déroulée la phase finale, maquette et impression ?

La saisie des textes au kilomètre a été réalisée avec l’aide du professeur de technologie ainsi que par les enfants qui avaient la chance de disposer d’un ordinateur chez eux.

Pendant toute la durée du projet, les contraintes du calibrage avaient été évoquées. Il y avait eu une ébauche de maquette. Les enfants avaient donc rédigé leurs textes en fonction de l’espace préalablement réservé dans le journal.

Les textes ont été remis à la maquettiste. Celle-ci a ensuite présenté une première mouture aux élèves. C’est à ce moment là que tous les enfants ont véritablement eu une vue d’ensemble de ce à quoi ils avaient collaboré : ils ont vu ce que les autres avaient fait !

Les textes ont été repris une dernière fois en fonction du calibrage définitif.

La dernière rencontre a eu lieu à l’imprimerie. Le directeur de cette imprimerie est un parent d’élève qui a fait les choses de façon grandiose : visite complète de l’entreprise avec arrêt et mise en route des machines au passage des enfants, explications très pédagogiques, tirage de « leur » journal et surtout... goûter ! Quel bilan tirez-vous de ce projet ?

Si on interroge les enfants, il est clair que refaire un journal n’est pas à l’ordre du jour : « on a trop souffert ! ». En revanche, il sont très partants pour tout projet qui les conduirait à avoir des contacts avec l’extérieur du collège.

Du point de vue des enseignants, il faut distinguer ce qui concerne la manière de travailler et l’impact sur les élèves.

En ce qui concerne le premier point, il est assez évident que l’organisation « collège » n’est pas très adaptée à ce genre de projet. On rencontre d’énormes difficultés à se rencontrer si on ne dispose pas d’heures alignées. On ne se voit qu’en pointillé. Toute sortie ou modification des emplois du temps pose des problèmes.

On pourrait proposer de banaliser quinze jours sur le projet pour cette classe uniquement, comme pour une classe patrimoine ! Pendant ces deux semaines, les enfants ne se consacreraient qu’au projet, avec les enseignants concernés, comme dans le cadre d’un voyage scolaire.

Pour ce qui est des élèves, il est difficile de mesurer directement les effets d’un tel projet. En revanche on peut tenter quelques observations. Ainsi, les élèves en difficulté se sont avérés très débrouillards, capables en particulier de prendre des rendez-vous.

Les enseignants ont donc gagné un nouveau regard sur eux. Mais dans le même temps, ces enfants rencontraient vite leurs limites lorsqu’il s’agissait de prendre des notes ou de rendre compte d’une interview. Ce n’est donc pas sur ce point qu’on observe des progrès, mais plutôt dans la motivation. Des enfants qu’on n’entendait jamais interviennent à l’oral par exemple. Cette motivation demande cependant à être entretenue.

De la même façon, certains élèves ont acquis une plus grande confiance en eux-mêmes. Ce n’est pas facile de rencontrer un adulte, même s’il est prêt à vous recevoir ! Ils ont été fiers de réussir cela.

Les adolescents en difficulté ont souvent une relation un peu paranoïaque avec le monde des adultes. L’adulte, c’est l’ennemi ! Un tel projet, c’est une occasion avérée de réconciliation !

Entretien réalisé par P. Méra au Collège Jean Bullant (Juin 1999)

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