Filtrer ou ne pas filtrer ? Est-ce vraiment la bonne question ?

, par Michel Guillou

En 2004, un certain nombre de textes sont venus renforcer et expliciter l’obligation faite aux établissements de prévenir les élèves mineurs d’éventuels risques à utiliser Internet. L’obligation des chartes d’usages a été suivie d’autres initiatives intéressantes : Vinz et Lou et, à Versailles, CToutNet.

C’est pourtant bien plus tôt, en 2001, que la réflexion sur ces sujets s’est engagée. J’avais alors alerté, dès l’installation des premiers SLIS, sur le nécessaire travail préalable de réflexion sur les usages d’Internet par les élèves et les enjeux induits. Bien des voix s’étaient alors élevées, à l’époque, pour dénoncer l’utilisation faite par beaucoup d’un filtrage mécanique supposément rassurant, sans strictement aucune réflexion ou discussion avec les usagers, au premier rang desquels les élèves.

Où en est-on aujourd’hui, à la fin de la 1re décennie de ce 3e millénaire ? Rien n’est pire. Ce qui remonte des collèges et des lycées, c’est que se met en place, de manière systématique, un filtrage de plus en plus grossier, autoritaire, censeur de tout et n’importe quoi, à commencer par ce dont les élèves ont un usage massif... Non mais ! Facebook, par exemple, est systématiquement filtré ! Quand on sait que ce « réseau social » en ligne est utilisé par nos élèves pour jouer, partager des photos, certes, mais aussi pour travailler et partager l’information et la connaissance, il y a de quoi se faire du souci quant au gouffre qui sépare l’école de sa jeunesse.

Facebook n’a pas le monopole. Selon l’endroit, on filtre aussi allègrement YouTube, Dailymotion, MySpace et bien d’autres outils d’échange ou d’expression en ligne, plateformes de blogs, sites web collaboratifs... assimilant l’ensemble de ces lieux maudits au « piratage » ou à la pornographie (voir les messages de rejet) !

À quoi joue-t-on ? Est-ce qu’il est enfin possible — la réflexion vaut aussi pour les téléphones portables — d’imaginer trouver, entre censure et laxisme, une voie raisonnable qui s’appuie sur une démarche d’éducation aux médias ?

C’est tout l’enjeu de l’irruption de ces médias numériques dans le champ de l’école. Il y a du pain sur la planche.

Parlons-en le 12 mai 2010... ou plus tôt.

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