Le journal scolaire, un outil pour penser le monde

, par P.Méra

Le NOUVEL EDUCATEUR n°177, ICEM Pédagogie Freinet, février 2006

Sommaire :

- Edito : Le journal scolaire : lieu de parole et d’expression
- Hommage à Pierre Yvin
- Chronique : Toute personne a le droit de circuler librement
- Dossier : Le journal scolaire, un outil pour penser le monde
- Pratiques et réflexions autour du journal scolaire
- Echanges de journaux GD 38
- Le journal en classe maternelle
- Evolution d’un journal scolaire en CE1 CE2
- Et pourquoi pas un journal électronique
- Parole au Centre de liaison de l’enseignement et des moyens d’informations
- International : Un journal scolaire à Diawar, Sénégal
- Mémoire vive : Le journal scolaire Célestin Freinet (1967)
- Champ social : Dans la « Loi pour l’égalité des chances », une mesure inégalitaire : l’apprentissage à 14 ans !
- Recherche ouverture L’après journal, faut l’inventer ! Hervé Moëlo Pierre Choulet

P.-S.

Edito : le journal scolaire, lieu de parole et d’expression

Le journal scolaire n’est pas, en soi, une technique libératrice de paroles. Il en est de même de n’importe quelle technique ou outil. Pendant longtemps nous avons cru que la seule introduction d’outils ou de techniques (outils et techniques dits de rupture) permettait de modifier les façons de travailler en classe. Or, il n’en est rien, car c’est bien la façon dont sont employés cette technique et cet outil qui favorisera l’expression. Une imprimerie trônant au milieu d’une classe n’a jamais été un outil qui, par sa seule présence, pouvait révolutionner la pédagogie et modifier les rapports entre les différents acteurs de la classe. Pour la petite histoire, n’a-t-on pas vu une presse d’imprimerie utilisée seulement pour fabriquer les billets de la tombola organisée à la fin de l’année ? Si référence est faite à l’imprimerie, aujourd’hui disparue des grandes classes au profit de l‘ordinateur plus rapide, c’est parce que c’était l’outil par excellence qui permettait de magnifier l’écrit de l’enfant, de le mettre en valeur. Ce n’est pas le contraire. De plus autour de cet outil se tissait une véritable socialisation, une activité véritablement coopérative. Ce qui est donc premier c’est l’expression elle-même, et la dialectique qui s’installe entre la technique et son outil est relativement complexe : c’est parce qu’on a écrit, que l’on va faire un journal et non qu’on va écrire parce qu’on fait un journal. Il ne s’agit en aucune façon de transformer nos élèves en pigistes. Si on pousse ce discours avec un peu de provocation, on peut citer la critique acerbe d’un journaliste professionnel disant :« Chez Freinet,vous faites complètement fausse route, vous voulez singer, avec vos jeunes, un métier que nous avons mis, nous adultes, plusieurs années à apprendre. » Certes il s’agit là d’une fausse interprétation due uniquement à l’abus du mot journal même si l’on y adjoint l’adjectif scolaire. Il faut se méfier du piège des mots et en particulier du mot « journal » car cette appellation n’a jamais été justifiée pour désigner cet outil introduit par Freinet. Freinet, ayant d’abord donné la parole aux enfants, a eu l’idée fabuleuse de leur proposer ensuite un outil qui permettait de démultiplier leur expression par la diffusion de leurs textes. Le « journal » n’était alors qu’une compilation d’écrits de toute la classe : en fait un livre de vie. Le mot de journal n’a été utilisé que pour des raisons administratives pour bénéficier d’envois à tarif réduit auprès des PTT. Depuis son introduction en 1926,le « journal scolaire » a subi des modifications ; aussi, nous avons cherché à savoir où nous en sommes aujourd’hui dans le Mouvement Freinet. Nous avons donc lancé une grande enquête auprès des travailleurs des groupes départementaux. Le nombre de journaux de classe papier diminue, il y a un glissement vers des parutions groupées au sein des établissements, beaucoup se présentent sous forme de rubriques. Nous sommes dans ce cas plus dans un processus d’information que d’expression. Les raisons invoquées pour expliquer cette désaffection sont bien ciblées :le journal prend beaucoup de temps et demande un investissement important dans la classe. Son utilité en tant qu’outil de communication (on ne parle plus de socialisation du groupe classe ni de valorisation de l’écrit) ne s’impose pas et la technique du livre de vie de la classe est souvent reprise. Le livre de vie circule dans les familles. Les technologies nouvelles permettent aussi une autre approche de la communication. La photo numérique permet en fin de journée de faire le bilan de la journée et d’envoyer une feuille quotidienne aux parents. La réflexion sur le journal scolaire est à reprendre au sein de l’ICEM. La Pédagogie Freinet perdure parce qu’elle sait et a toujours su évoluer. C’est pour cela que nous proposons aujourd’hui, à travers ce numéro du Nouvel Educateur, une réflexion pour aller plus loin dans nos avancées pédagogiques.

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