Le traitement de l’information économique dans la presse en France Tour d’horizon de la presse économique

, par Marianne Acquaviva

Notes prises lors d’une conférence donnée par Philippe Frémeaux, directeur d’Alternatives Économiques dans le cadre de la formation du Clemi, septembre 2007

Aujourd’hui, l’information économique sérieuse est synonyme d’une information de type financière ou macroéconomique, directement opérationnelle pour des décideurs et des acteurs non médiatiques (ex : flash du service économique de grandes banques, telles que la BNP...). Elle vise un marché qui n’est pas grand public et qui demande une information opérationnelle. Reuters ou Bloomberg vendent cette information très chère.

La question est donc de savoir comment cette information peut être saisie par la société dans un objectif de débat démocratique. C’est en se posant cette question que nous allons faire un tour d’horizon de la presse économique.

Deux grands journaux, Les échos surtout, et dans une moindre mesure la Tribune, proposent une information économique et sociale pour les décideurs, pour dominants. Le ton vise donc une cible « qui a du pognon » et ménage ce public. Cependant, Les Échos représente un bon journalisme, qui donne beaucoup de faits et peu d’opinion, et ce factuel est devenu très crédible. Il a donc beaucoup progressé, notamment au dépens de la presse généraliste. Ainsi si Bernard Thibault (CGT) veut faire passer un message, il le fera non plus dans Le Monde, mais dans Les Échos qui est lu par l’élite économique et politique. La concurrence est internationale : Financial Times...

Face à ces deux quotidiens, existe l’univers des magazines économiques. Ainsi, L’Expansion se positionne comme une presse engagée et militante autour du métier de cadre, d’encadrement et de management. Il défend un véritable métier, souvent avec une fascination pour les États-Unis. Cependant, c’est une presse qui a tourné parfois à une presse de connivence avec le pouvoir économique, et qui a séduit ses lecteurs en les laissant croire qu’ils appartenaient à ce milieu, un peu people...

Par ailleurs, coexiste une presse magazine particulière, celle destinée aux petits épargnants, comme la Vie financière. Ces titres donnent des conseils d’achat et de vente et font miroiter des plus-values « à la veuve de Carpentras et au pharmacien à la retraite ». Ils ont cependant perdu la confiance de leur lectorat suite à la crise financière en décembre 2000 et sont en grande difficulté depuis 2000.

Le reste de la presse économique est dominée par la presse magazine grand public. Ainsi, Capital est une grande réussite de la presse des 15 dernières années et atteint 350 000 exemplaires en 2004. Ce succès correspond à l’émergence dans l’entreprise des cadres intermédiaires (petites écoles de commerce, BTS...) : ni proches des cadres ni solidaires du bas de l’échelle. L’équipe de rédaction propose une revue qui se place de leur point de vue et qui flatte les penchants individualistes et carriéristes de chacun. La Une reprend souvent « votre », « vous »... Il est donc, non pas pensé du côté du manche (= patron), mais de ses lecteurs : il est là pour défendre le salarié dans ce monde, qui est analysé comme une guerre de tous contre tous.

Si Alternatives Économiques avait la même approche, celle de partir d’un lecteur qui n’appartient pas à l’élite économique, il diffère de Capital dans sa vision de ce lecteur, qui n’est plus un invidu individualiste, mais un citoyen faisant société. Par ailleurs, Alternatives Économiques ne se pense pas comme un magazine de presse économique, mais plutôt comme un news magazine spécialisé, économique et social. Le choix est de ne pas parler des personnes, et l’équipe de rédaction évite de faire du people. Il se présente comme un magazine très didactique et donc utilisé dans les établissements scolaires, car il veut montrer que l’économie n’est pas une affaire de technicité. Enfin, c’est un journal considéré comme engagé car il se pense comme dégagé du monde des affaires qui, lui, se voudrait désencastré du social, qui se voudrait être un monde à part.

Par ailleurs, Capital possède une très bonne base : 280 000 magazines vendus en kiosque + 80 000 par abonnement, au contraire de Challenge qui vend très peu en kiosque ou de Alternatives Économiques : le ratio kiosque/vente totale d’Alternatives Économiques se situe entre 25 et 30%. C’est donc Capital qui occupe le créneau du kiosque et qui balaye ses concurrents.

Le reste de la presse généraliste donne malheureusement une information très factuelle, mais sans opinion, sans ligne directive, trop fourre-tout : actualité économique, critique, conseils financiers, analyse macroéconomique... Quant aux news magazines, ils ont commencé à parler d’économie dans les années 80, avec deux thèmes récurrents : la crise économique et la présentation des sagas entrepreunariales. Ainsi au Nouvel Observateur, se sont succédés Alain Gorz, compagnon de Sartre... puis Christine Mital, fille de patron. Aujourd’hui, au Nouvel Observateur, un journaliste est payé à plein temps pour l’immobilier : 2 numéros par an.

Conclusion : en France, la presse offre une information économique et sociale à deux vitesses, traitée par des journalistes économiques formatés par les grandes écoles, issus du milieu dirigeant : une information de qualité pour l’élite, une information présentée comme hyper technique et sans aucun recul pour le grand public.

De façon générale, l’erreur que commettent les journalistes est celle d’entretenir une relation à l’indépendance d’esprit très complexe, sans véritable point de vue critique, mais non plus sans totale connivence. Or pour regarder le monde, il faut avoir un point de vue, il faut le regarder de quelque part. Peu de journalistes sont capables aujourd’hui de porter un jugement, car ils ne possèdent pas une réelle vision du monde : soit des carpettes, soit des hystériques pleins d’agressivité qui nuit au contenu.

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