Mettre en place et superviser une veille avec Twitter

, par Martin Gibon, Sylvain Joseph

Twitter est un outil simple et séduisant pour mettre en place une veille. L’élève muni de son smartphone pourra publier des informations provenant d’Internet mais aussi des photographies commentées prises sur le terrain.
L’enseignant pourra de son coté contrôler avec précision la démarche de chaque participant et cibler très facilement sa communication vers un élève ou bien la classe entière.

Les notions

Cette séquence permet d’aborder deux thèmes principaux : l’identité numérique et la veille.

Identité numérique : informations personnelles et profil professionnel

L’identité numérique d’une personne est constituée de toutes les traces qu’elle laisse sur Internet.

L’exemple le plus visible de ces traces sont les textes et photographies publiés sur un réseau social. C’est sur cet aspect que les élèves sont sensibilisés durant la séquence. Mais l’identité numérique d’une personne couvre en réalité une champs plus vaste : cela peut aussi être l’annuaire téléphonique lorsqu’on autorise une application pour smartphone (comme twitter) à le récupérer. Cet annuaire permet de connaître le réseau de connaissance d’un utilisateur. Autre exemple de données
massivement récupérées au moyen descookies par les sites que l’on visite, ’historique de navigation qui permet de connaître les centres d’intérêt de l’internaute. Pour aller plus loin sur la notion d’identité numérique , deux sites sont très utiles, celui d’Eduscol et celui de la CNIL.

Une partie non négligeable des employeurs enquête sur les candidats à l’embaucheà l’aide des réseaux sociaux. Un pseudonyme n’est pas toujours une protection suffisamment efficace pour protéger sa vie privée. En effet, il suffit que l’employeur et le candidat partagent une seule connaissance sur les réseaux sociaux pour contourner l’anonymat relatif des pseudos. Or le réseau de relations étant un facteur déterminant dans la recherche d ’emploi, il est bien difficile de rendre les réseaux professionnels et personnels complètement hermétiques.

L’un des objectifs de cette séquence est donc de sensibiliser les élèves à la notion d’identité numérique et de leur donner les outils pour se construire un profil professionnel sur les réseaux sociaux. Dans ce cadre, d’autres plateformes que Twitter peuvent être utilisées. Par exemple Viadeo ou LinkedIn. Twitter permet cependant d’aborder en même temps les notions de veille et d’identité numérique.

Veille, curation, benchmark etc.

Veille
On trouve de nombreuses définitions de la veille sur le web. Dans toutes, on retrouve l’objectif de pouvoir anticiper et prévoir les évolutions du domaine étudié afin d’adapter ses pratiques. Il s’agit donc concrètement de se tenir informé des nouveautés, des tendances, des réglementations, des pratiques des concurrents ou des partenaires etc. afin de prendre les bonnes décisions. Voici une sélection des sites proposant des définitions de la veille :

Curation
Ce néologisme est une notion connexe à la veille. La curation est une pratique qui consiste à sélectionner et publier des informations concernant un sujet donné. C’est exactement ce que font les élèves avec Twitter dans cette séquence. Quelques définitions :

  • Definitions-marketing.com La aussi, une définition simple et claire de la curation.
  • Wikipedia (Il serait dommage de se priver d’une définition bien faite).
  • ADBS Présentation de Christophe Deschamps, consultant-formateur en veille et intelligence -* économique. (140min) Définition, approche historique, description des outils et des usages.

Benchmark
Une technique ancienne et bien connue. Il s’agit d’une partie de la veille commerciale. En particulier pour les élèves de BTS qui réalisent leur veille sur leur UC.

Le déroulement de la séquence

En classe

Explication du projet
Avant d’aborder la veille, il est plus simple de commencer par la notion d’identité numérique. Il s’agit de donner aux élèves les outils pour comprendre les enjeux de la suite du projet. Un certain nombre d’élèves peut être séduit par le fait d’utiliser les réseaux sociaux dans le cadre scolaire. Ils comprennent cependant assez rapidement que c’est bien leur usage des réseaux sociaux qui doit s’adapter aux exigences professionnelles et non l’école qui tente de les séduire en utilisant la mode du moment. En effet lorsque l’enseignant demande aux élèves de modifier une image de profil inadaptée ou d’éviter les commentaires personnels, ils rectifient rapidement le tir. Il y a des choses qu’on ne partgae pas en dehors du cercle privé, d’amis.

Une fois les notions expliquées, il est temps de former des petits groupes de travail et de distribuer les sujets. Cette année, les élèves de 1ereSTMG mènent une veille d’un mois sur les achats de noël. Au retour des vacances une synthèse des informations accumulées leur sera demandée. Pour les élèves de BTS, il s’agit de faire une veille sur leur Unité Commerciale, les concurrents, le marché etc...

Mise en place technique
Twitter est un outil simple, intuitif, souvent déjà connu des élèves. Une adresse mail et un numéro de téléphone suffisent pour ouvrir un compte.

  • Créer un compte Twitter professionnel. Choisir comme alias soit son nom et son prénom, soit un pseudonyme contenant le terme « pro ». Bannir les allusions à une localisation géographique (...du 78) ou tout autre diminutif ou pseudo décalé faisant référence à un trait physique ou de caractère (bogoss, brunette...). Ce compte est destiné à une communication large, pas à un groupe d’amis restreint.
  • S’abonner au compte Twitter de ses camarades. Twitter est un outil de veille collaborative, il est donc important que les élèves puissent partager leurs découvertes entre eux. C’est aussi un vecteur d’émulation, chaque élève voyant la progression des autres.
    Il arrive fréquemment que les comptes fraîchement créés mettent quelques minutes à apparaître dans les résultats du moteur de recherche de Twitter.
  • Créer une liste privée. Créer une liste sur son compte et y ajouter tous les profils de son groupe de travail, éventuellement du reste de la classe. Cela permet d’isoler les échanges des autres flux Twitter. Au moment de la synthèse, la liste va se révéler indispensable pour ne faire apparaître que les twitts liés à la veille.
  • Suivre le compte de l’enseignant. En s’abonnant au fil de l’enseignant, les élèves apparaissent dans la liste des followers de celui-ci. Il pourra donc facilement s’abonner à son tour au compte pro des élèves afin de contrôler leur travail.

Démarrage de la veille
Il faut commencer par l’abonnement au compte officiel de l’unité commerciale. Il s’agit de la première et de la plus accessible des sources d’information. Les élèves s’abonnent ensuite aux comptes des concurrents et des autres entreprises du secteur.

  • Messages privés, messages publics. Tous les twitts sont publics : tous les abonnés au compte reçoivent le message. Pour envoyer une message privé, il faut cliquer sur le compte souhaité puis cliquer sur « message ».
  • Retwitts. Si l’élève s’est abonné à de nombreux comptes, il reçoit énormément d’informations. Il doit faire le tri afin de ne retwitter que les messages les plus pertinents. Il faut donc expliquer ce qu’est une information pertinente avec plusieurs exemples et réitérer l’explication autant de fois que nécessaire.
  • Twitts. Les retwitts ne suffisent pas. L’élève doit chercher des informations en dehors du réseau social. Il lui faut consulter régulièrement les sites d’information généralistes et spécialisés. Il doit chercher des sources fiables. Il faut donc l’accompagner dans cette démarche, en recadrant le choix de ses sources lorsque c’est nécessaire. L’élève peut parallèlement mettre en place une veille automatisée à l’aide de Google Alert.
  • Que doit contenir un Twitt ? L’élève utilise les 144 caractères pour décrire de la manière la plus précise possible l’information trouvée. Il copie systématiquement le lien (URL) vers cette information. Le lien ne compte pas dans la limite des 144 caractères. S’il s’agit d’une photographie prise par l’élève dans la rue ou l’unité commerciale, il décrit cette image afin d’expliquer son lien avec la veille.
  • @ et # . L’élève Peut utiliser le # pour chercher un fil de discussion à propos d’un sujet ou en créer un nouveau. Exemple de fils de discussion : #retail ou #marketing. Le @ permet de créer un fil de discussion sur un compte twitter. Dans les deux cas, les fils de discussion sont publics.

En dehors des cours

Les élèves
On demande aux élèves d’envoyer un minimum de twitts chaque semaine. 3, 5 ou 10 selon les exigences. Un premier bilan est indispensable au bout d’une semaine afin de faire comprendre aux paresseux que l’activité est bien inscrite dans la durée.
L’enseignant
La création d’une liste sur le compte de l’enseignant permet d’accéder facilement à l’actualité de la classe et aux profils des élèves. Il peut facilement évaluer la progression de chaque élève et lui envoyer un message privé si besoin pour le conseiller. Il peut aussi envoyer un twitt à toute la classe. Enfin, chaque twitt est daté. Il peut donc évaluer la régularité du travail.

Évaluation et bilan

Les critères : Régularité, fiabilité, pertinence.
Ce sont les trois critères d’évaluation de la veille. Difficile d’établir une hiérarchie entre les trois. Le barème de notation dépendra donc du profil des élèves, des autres objectifs éventuellement visés et de la durée de la veille. Celle-ci peut courir sur les deux années du BTS à condition que l’évaluation soit régulière et qu’un lien permanent soit établi entre cet exercice et les notions abordées tout au long du cursus.

Synthèse, Étude.
La veille peut aussi se conclure par un travail de synthèse individuel ou collectif, oral ou écrit, ou bien encore servir comme source d’information pour l’Étude en première STMG.

Annexes

L’éthique autour de l’usage d’un réseau social en classe

Éduquer aux médias
Les GAFA, Microsoft, Twitter sont des entreprises incontournables des environnements numériques professionnels. Il convient donc d’éduquer les élèves aux enjeux et aux problématiques liés à l’usage des produits et services proposés par ces entreprises. Dans le cas de Twitter, la question des données personnelles est la plus sensible. En effet, c’est l’une des principales sources de revenu du réseau social à travers la location d’espaces publicitaires ciblées (Si c’est gratuit, c’est toi le produit !).
Durant notre séquence, l’élève n’est pas obligé de rentrer des informations personnelles dans les questionnaires de Twitter. Par ailleurs, il peut tout à fait utiliser un pseudonyme même si nous avons expliqué précédemment les limites du pseudo. A la fin de la veille, on peut montrer aux élèves comment supprimer le compte Twitter. C’est à l’élève de choisir si cette veille sera simplement un exercice ou si il utilisera le compte qu’il a créé pour pérenniser une identité numérique professionnelle. En la matière, chacun doit rester maître de sa décision.

Les limites
En créant un compte Twitter, on est obligé de donner un numéro de téléphone. Si on télécharge l’application mobile, Twitter récupère le contenu de l’annuaire téléphonique et cherche si les contacts possèdent déjà un compte Twitter. Le réseau social propose ensuite aux élèves de s’abonner aux profils de leur amis. Il est essentiel de leur rappeler de limiter le plus possible le mélange entre les relations privées et leur profil professionnel.

La veille dans les programmes

Sciences de gestion

Management des organisations

BTS MUC

P.-S.

Crédit

  • Licence : Cette séquence est sous licence Creative Commons. Elle peut être librement utilisée, distribuée, ou modifiée à des fins non commerciale. L’auteur original doit être mentionné.
  • Auteur : Martin Gibon (Professeur documentaliste et Formateur Académique au Numérique. DANE de l’académie de Versailles).
  • Dernière mise à jour : Le 9/01/2016.
  • Logo de l’article : Montage à partir des photos de Kooroshication via Pixabay.

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