Les 8 critères de la ligne éditoriale La mise en scène de l’information

, par Isabelle Poulain

Créer un média, ce n’est pas tout dire sur tout, c’est avant tout faire des choix. Faire des choix selon quels critères ? Nous vous en proposons 8 indispensables à se poser avant de commencer à rédiger, à enregistrer ou à tourner le moindre sujet ! Les questions s’entrecroisent et vous ne pourrez donc pas forcément y répondre dans l’ordre présenté mais gardez-les en tête et votre média répondra aux attentes de votre public.

1- Le choix du support (papier, blog, réseau social, radio, TV..) et du format (A5, set de table de cantine, flash info, magazine)

En premier ou en dernier ? Car il dépend de toutes les contraintes ci-dessous, même si, de prime abord, on peut penser que c’est le premier choix...
On pourra aussi là aborder le prix du média et sa périodicité ou son actualisation.


2 – Choix du producteur (journal du lycée ou journal lycéen, subventionné ou non, groupe d’élèves militants écolos,...)

Ce choix ne va pas avoir d’influence que sur l’édito, mais sur l’ensemble des articles et de leur traitement. Par exemple, même sur des sujets les plus « anodins » tels que Noël et dans des journaux qui ne s’affichent pas a priori comme étant de la presse d’opinion. Ainsi, on peut trouver le titre : « Ta crèche de Noël à fabriquer » dans Pomme d’Api ! (Certes les Editions Bayard sont d’obédience catholique mais tout acheteur du magazine pour les petits le sait-il ?)


3 – Choix du lectorat (seulement les élèves, tous les élèves ou seulement les filles, les garçons, les électroniciens, l’ensemble de la communauté éducative, les habitants de la ville...)

De ce choix également dépendent tous les autres. Pour mieux comprendre, on pourra feuilleter différents journaux papier (jeunes, populaires, intello, catho, régionaux, européens...) ou visionner quelques extraits de JT ciblant des publics différents (TF1, Arte, Gulli, France 3 région) ou encore écouter les flashs infos radios (France info, RTL2...)


4 – Choix du « décor » (plateau, habillement, mise en page, graphisme, polices, musique...)

Cela peut paraître superflu mais c’est la première image que l’on aura de votre média et celle qui permettra de le reconnaître ! Ce choix est évidemment très lié au choix du lectorat. La difficulté : faire original sans trop en faire !


5 – Choix des sujets et des types d’articles

L’idéal est de faire ce choix en conférence de rédaction afin que chacun se sente solidaire et co-responsable de tous les articles. Les 2 questions à se poser : ce sujet intéressera-t-il notre lectorat ? Sans tomber non plus dans la démagogie ! Vais-je écrire autre chose que ce que tout le monde a déjà lu en ligne ? Si vous voulez parler d’un film : donnez quelques petits éléments piochés sur Allociné, mais surtout donnez votre avis personnel ! Reportage, interview, portrait, brève, billet d’humeur : pensez à varier les supports.


6 – Choix des images, taille et place

L’image n’est pas que là que pour faire joli ou pour aérer le texte. Elle peut être illustrative ou informative, voire incitative : elle peut être valorisante ou dévalorisante selon ce que vous voulez démontrer dans votre article (voir photos des hommes politiques dans les journaux selon qu’ils sont ou non du même bord politique !). Pour un même événement, les journaux choisiront différentes illustrations et ce n’est pas parce qu’ils ont différents photographes, c’est un choix significatif.
Si vous prenez vos images sur Internet, demandez les droits ou assurez-vous qu’elles soient libres. L’idéal est d’avoir des dessinateurs, caricaturistes et photographes maison qui donneront une vraie authenticité et identité à votre média.
Pour la radio, pensez à décrire les lieux pour que la photo se « fabrique » dans la tête de vos auditeurs.
Pour les choix faits par les quotidiens voir :http://www.newseum.org/todaysfrontpages ou revue2presse


7 – Choix de l’angle pour chaque article (titre + contenu)

Dans son film Bowling for Columbine, le réalisateur et polémiste Mickael Moore montre que, selon lui, ce sont les médias américains qui sont les principaux responsables du nombre de tués par balle aux États-Unis. En effet, selon lui, les médias américains choisiraient toujours de présenter les actus de violence et ce sur un ton extrêmement alarmiste et ne parleraient jamais des événements positifs. Les gens se sentiraient donc en insécurité et tireraient sur le premier cambrioleur venu... (voir extrait n°9 de Bowling for Columbine).
Le choix du sujet (choix 5) ne fait donc pas tout : la façon dont vous allez l’aborder est fondamentale ! Choisir un angle précis tel que la journée d’un grand reporter peut vous permettre d’aborder un sujet difficile et rébarbatif comme la guerre en Syrie sans perdre ou lasser vos lecteurs ; titrer un article : « Mais qui aime les légumes verts ? » peut vous permettre de ne pas passer pour un donneur de leçons tout en écrivant un article sur l’importance de manger 5 fruits et légumes par jour, avec humour et légèreté. Pour trouver votre angle, posez-vous la question : « Qu’est-ce que je veux dire exactement ? » et répondez-y sous la forme d’un tweet : pas plus de 140 caractères ! Vous tiendrez alors votre angle !


8 – Choix du langage (niveau de langue, longueur des phrases, du texte, ton, posture, mimiques faciales et corporelles...)

Si vous vous adressez à vos camarades, adoptez le « ni sms ni prof », vous devrez trouver le ton et le niveau de langue qui vous permettra d’informer sans lasser : n’oubliez pas que personne n’est obligé de vous lire : il faut donc plaire mais aussi apporter un plus.
Vous êtes très bavard, vous avez énormément de choses à dire : coupez ou faites couper par un autre membre de votre équipe : enlevez ce qui est répétitif ou embrouillé, réalisez des encadrés avec vos exemples, vos données chiffrées ou écrivez plusieurs articles sous la forme d’un feuilleton, mais surtout ne publiez pas de trop longs articles (particulièrement en ligne) : ils ne seront pas lus !

Pour comprendre l’importance de la gestuelle, voir le début du documentaire : Coupez le son ! Le charisme politique coédité par l’INA, Le Monde 2 et Canal + en mars 2007, donc juste avant les élections présidentielles en France. Il s’agit d’un document sur le comportement non verbal, sur le charisme où sont étudiés, par des spécialistes anglo-saxons (psychologues, neurologues, spécialistes de l’intelligence artificielle, détecteur de mensonge de la CIA) : les gestes corporels : visage (bouche, yeux, sourcils), mains, façon de marcher, l’ensemble du corps ; la voix (timbre, ton, débit)
et les éventuelles discordances entre ces éléments entre eux et/ou entre ces éléments et le discours
(pour percevoir le mensonge : 13% par les mots, 70% par le visage, 10% par les gestes, 7% par la voix.). Vous pourrez y voir une intéressante expérience menée à l’Université catholique de Louvain, Belgique.
Or, le charisme des hommes politiques est transposable à celui des présentateurs de JT : c’est terrible à dire mais... tout est une question de crédibilité, plus que de véracité !

P.-S.

Merci à Véronique Odoul, professeur-documentaliste, pour son aide dans la conception de ces 8 critères.

Crédit logo : Steven Depolo via Flickr

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